Exposition TITANICa – Aux origines du Titanic

mar 30, 2012 2 commentaires par

« Le Titanic, c’est l’histoire du peuple », me confie mon chauffeur de taxi.

Sa vive réaction intervient après lui avoir fait part de ma visite de l’exposition TITANICa : The People’s Story. Pour prouver ses dires, il m’invite à ouvrir la boîte à gants pour en sortir le livre qu’il est en train de lire.

J’en tire Titanic Survivor, l’autobiographie de Violet Jessop, hôtesse sur le Titanic et rescapée du naufrage. « Le meilleur film sur le Titanic jamais réalisé » commente Paul, mon chauffeur, en secouant la tête tristement.

Coal Yard

Discussions dans le dépôt de charbon

Cet exemple  illustre parfaitement la façon dont les récits des personnes liées au paquebot demeurent toujours aussi impérissables. 2012 est l’année du centenaire, des commémorations et de l’ouverture du spectaculaire musée Titanic Belfast avec ses expositions intéractives, ses répliques, il est donc facile de se focaliser sur le navire, son envergure, sa construction, ses matériaux…

L’un des atouts de l’exposition TITANICa, c’est qu’elle s’attarde sur les hommes derrière les machines, leurs exploits, leur mode de vie, leurs histoires.

Ces dernières sont racontées à la manière de l’écomusée Ulster American Folk Park, avec des acteurs en costume d’époque. Ainsi, au dépôt de charbon, les mineurs parlent boutique avec Thomas Andrews, tandis que les riveteurs nous expliquent comment ils finiront par devenir sourds à force de marteler et que les charpentiers dans leur atelier réparent les bagages qui serviront au voyage.

Le musée offre un moyen passionnant de découvrir l’époque : s’asseoir près d’un feu de tourbe dans la réplique d’une minuscule demeure de 1884 des quartiers est de Belfast, voir une presse victorienne imprimer les billets pour le lancement du Titanic, et même regarder des films muets au cinéma.

Personnellement, ce sont les histoires des riveteurs sur le quotidien d’un chantier naval qui m’ont le plus marqué. Leur paye au rivet. Le contremaître qui décomptait le temps passé aux toilettes sur les cartes des travailleurs. Le premier accident mortel pendant la construction du Titanic, où un ouvrier de 15 ans trouva la mort.

Maquette Titanic

Maquette du Titanic

Ken, mon guide dans l’exposition voisine TITANICa: The Exhibition, avance une autre théorie quant à la fascination que continue d’exercer le Titanic, 100 ans après les faits. Les personnalités célèbres embarquées (parmi lesquelles certaines des plus riches de la planète) ainsi que les progrès en matière de communication qui ont permis aux journaux de couvrir le naufrage dès son lendemain, ont conféré un caractère populaire à l’événement, qui fait aujourd’hui écho à notre culture de la célébrité moderne.

Entouré de plus de 500 objets de l’époque, Ken plante le décor. En ce temps-là, Belfast possédait le plus grand chantier naval au monde et dominait une industrie de pointe (à la manière d’un Apple ou d’un Mercedes-Benz de son époque en quelque sorte !). Et tout ceci, dans une région dépourvue de ressources de charbon, de fer ou d’acier.

Edward Harland et Gustav Wolff avec leurs partenaires W.H. Wilson et William Pirrie

« Mais Belfast pouvait compter sur son talent, son ambition et sa fierté dans le travail », explique Ken.
Il désigne du doigt une photographie d’Edward Harland et de Gustav Wolff, en compagnie de leurs partenaires W.H. Wilson et William Pirrie. Tous les quatre semblent pleins d’assurance dans leurs costumes impeccables, avec leurs moustaches bien taillées.

Les plans de conception du paquebot de 1909 sont des plus fascinants. Dans le coin inférieur gauche, on y déchiffre la signature de Thomas Andrews. Mais ce qui est particulièrement impressionnant pour l’époque, c’est leur ressemblance avec nos planches de tendance modernes !

À côté se trouvent les plans originaux, aux lignes et chiffres minuscules méticuleusement tracés à la main. Ken me rappelle que la construction du navire fut essentiellement manuelle, et je pense alors instantanément au riveteur et à ses récits d’accidents et de doigts sectionnés.

Tableau Ocean Travel

Des assiettes de première, deuxième et troisième classes retrouvées dans l’épave sont exposées en vitrine. Intrigué de voir les assiettes de première classe, toutes blanches, paraître les plus sobres, je ne tarde pas de trouver explication auprès de Ken, qui m’indique que la feuille d’or qui les décorait a disparu avec le temps.

La chemise de William Allen, usée au niveau de la manche et recousue, illustre la pauvreté de certains passagers de troisième classe et les maigres effets personnels qui pouvaient les accompagner à l’aube d’une nouvelle vie.
Rosa Abbott, autre passagère de troisième classe, fut la seule femme repêchée vivante des eaux glacées. Une photo d’elle, digne malgré le chagrin de la perte de ses deux fils dans le naufrage, est exposée au musée. Un message écrit au dos révèle sa destinataire, Mme Lessman, passagère du Carpathia.

Maquette du Titanic avec des figurines symbolisant les personnes embarquées

Au centre de l’exposition se dresse une maquette du paquebot où de minuscules figurines symbolisent les personnes embarquées. La démonstration, d’une redoutable simplicité, sépare les protagonistes en plusieurs catégories (classe, équipage, rescapés, victimes) pour illustrer le nombre d’âmes perdues.

Ken me raconte que la tragédie fut un tel choc pour Belfast qu’il fallut attendre plus d’une génération pour qu’on ose reparler du Titanic.

« Derrière toute grande histoire se cache une tragédie », commente Paul, le chauffeur de taxi.

Une histoire tragique, certainement, mais qui mérite d’être racontée.

A Voir et à Faire, Histoire & Patrimoine

A propos de l'auteur

Lisa est née à Belfast et vit aujourd’hui à Dublin. Elle se décrit comme une femme de deux villes et une île. Elle vit près de la mer et pour se détendre, elle emmène ses deux filles et son chien sur la colline de Killiney, sur la côte de Dublin (et gagne toujours la course jusqu’au sommet!). Elle travaille pour le Tourisme Irlandais depuis plusieurs années et peut sans aucun doute se faire appeler « geek » pour tout ce qui traite de l’Irlande. Son plat favori ? Des moules vapeur suivi d’un café au Bailey’s.

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2 réponses to “Exposition TITANICa – Aux origines du Titanic”

  1. Faites le bonheur de vos enfants en Irlande ! | Irlande Tourisme says:

    [...] maritime, on pourra notamment découvrir l’histoire du Titanic à l’exposition TITANICa, au musée Titanic Belfast et au centre des visiteurs de Cobh. On peut aussi remonter dans le temps [...]

  2. SAAD ZAGHLOUL Saïd says:

    superbe… j’adore les souvenirs

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